Il existe un monde mystérieux.

Un labyrinthe appelant à la flânerie onirique et au réveil de la nostalgie. Dans cet univers aux décors immersifs, l’imaginaire conduit à l’inspiration et à la rencontre de l’autre. De l’inconnu. Le temps s’y est arrêté entre passé et futur, à cet instant où l’impossible devient possible.

Une utopie merveilleuse.

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Orvis

Si la pêche à la mouche est réellement née dans les îles britanniques, ou plutôt y a été codifiée dès le XVIIIe siècle, depuis le milieu du XIXe siècle c’est surtout aux Etats-Unis que cette pêche s’est développée et surtout démocratisée. 

En 1856, donc remarquons-le 16 ans avant que les frères Hardy ne créent leur célèbre marque, Charles F. Orvis avait fondé la société Orvis à Manchester, dans le Vermont, offrant un équipement de pêche à la mouche de qualité supérieure et s’enorgueillissant de la satisfaction de ses clients et de son service.

À la fin du XIXème, un dimanche dans la propriété familiale de Charles Orvis dans le Vermont.

Une rivière de rêve pour la pêche en sèche, comme il y en a tant aux États-Unis.

En effet, dans le sillage de Théodore Gordon, de nombreux immigrants venus des îles britanniques, mais également de toute l’Europe, ont découvert les immenses possibilités de pêche aux salmonidés, qu’offrait l’Amérique du Nord. Du Maine à la Californie, en passant par le Midwest et les montagnes Rocheuses et de la Colombie-Britannique au Québec, le domaine salmonicole est sans aucune commune mesure avec celui qu’offre l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande réunis. Qui plus est, plus de 90 % des cours d’eau et lacs à salmonidés américains y sont publics et non pas propriétés très privées de quelques lords et pairs du Royaume. C’est sur ce fantastique potentiel tant géographique qu’humain, qu’a su se  développer la société fondée par Charles Orvis.

Comme Patagonia, Orvis participe à la défense des rivières et de l’environnement.

Aujourd’hui, un peu à l’instar de Patagonia, Orvis qui réalise un chiffre d’affaires de plus de 90 millions de dollars par an, et reste le leader mondial dans le domaine de la pêche à la mouche, fait don de 5 % de ses bénéfices avant impôts chaque année pour protéger la nature et soutenir la défense des rivières, contre les constructions de barrages notamment. Au cours des 25 dernières années, Orvis et ses clients ont collecté et donné plus de 20 millions de dollars pour la protection de la nature.

Pendant 125 ans, la société fondée par Charles F. Orvis a vendu du matériel de pêche à la mouche de qualité.

Cannes en refendu de la meilleure qualité, moulinets en fait fabriqués pour Orvis par Hardy dans l’usine d’Alnwick en Angleterre, mouches montées par les meilleurs artisans américains formés par Mary Orvis Marbury, fille ainée de Charles Orvis, auteure de plusieurs livres sur le montage des mouches…

Propriété privée de la famille Perkins depuis 1965, Orvis a son siège social dans le magnifique sud-ouest du Vermont, à deux heures et demi de route de New York, et possède des installations importantes en Angleterre, notamment sur la rivière Test, nec plus ultra des chalk-streams britanniques, là où sous l’égide de Frédéric Halford, au début du siècle dernier, la pêche à la mouche sèche a été sinon inventée, du moins codifiée.  

En automne, les rivières du Vermont se parent de jaune éclatant et d’or resplendissant.

Rachetée par Leigh Perkins en 1965, la société Orvis s’orienta dès le début vers la vente par correspondance. Dès 1969, elle présentait quatre énormes catalogues, printemps, été, automne et hiver.

Ses fils, et aujourd’hui, son petit-fils perpétuent la tradition « outdoor » d’Orvis.

Durant les trente années qui ont suivi son rachat, Leigh Perkins l’a transformée en l’une des marques de sport, pêche et chasse, de vêtements et d’accessoires pour chiens les plus respectées du pays. Malgré son affinité pour les affaires, Leigh était plus à l’aise en pataugeant dans un ruisseau à truites ou en marchant derrière un chien d’arrêt sur le terrain. Il a toujours vécu en plein air, chassant ou pêchant plus de 250 jours par an jusqu’à l’âge de 90 ans, et son respect de la nature était au cœur de sa volonté de préserver les ressources en eau et en terre pour les générations futures. À sa suite, ses fils ont continué dans le même état d’esprit à faire prospérer la société et aujourd’hui, c’est son petit-fils, Simon, qui est à la tête d’Orvis.

Leigh Perkins avec ses deux fils Dave et Perk, qui pendant 30 ans dirigèrent Orvis.

La Battenkill, superbe rivière à truites des catskills, à la frontière du Vermont et de l’État de New-York, a donné son nom à un des modèles de canne à mouche en refendu, le plus célèbre de la maison Orvis.

La société emploie en 2022 environ 1 500 personnes aux États-Unis. Le blog d’Orvis (news.orvis.com) offre une grande variété de contenus éditoriaux et éducatifs à plus de 2,5 millions de visiteurs par an, avec de nombreux articles et vidéos sur la pêche à la mouche essentiellement, mais également sur les chiens, la conservation de la nature, etc. Un grand centre d’apprentissage (howtoflyfish.orvis.com) offre la collection la plus complète de vidéos et de ressources en ligne consacrées à l’enseignement de la pêche à la mouche. Je me souviendrais toujours, au milieu des années 90, alors que je pêchais en Russie sur la rivière Varzina, d’y avoir rencontré le maire de Mourmansk et ses deux adjoints. On les aurait cru sortis d’un catalogue Orvis, tant ils étaient équipés « fly Fishing Orvis » des pieds à la tête. Le maire, qui était charmant et parlait mieux anglais que moi russe, m’avait avoué avoir appris à lancer la mouche grâce aux K7 « Orvis »… Il y avait d’ailleurs à l’époque un très beau magasin Orvis à Léningrad ou plutôt Saint-Pétersbourg… Je ne sais pas en ces temps troublés actuels, s’il existe toujours !

Tout comme Patagonia, une des grandes priorités d’Orvis, a été la défense et la préservation des espaces publics américains.

Associant du superbe matériel de pêche « vintage », gilet de pêche, panier en osier bordé de cuir, pochette en cuir pour les bas-de-ligne, avec les derniers modèles de cannes en fibre de carbone et moulinets de la dernière génération, la superbe couverture du catalogue « Pêche à la mouche » de 1996.

Parmi les premiers à tirer parti des changements survenus dans le monde du marketing direct, Leigh Perkins (avec qui j’ai eu la chance de pêcher le tarpon à la mouche dans les Keys de Floride), a fait du catalogue Orvis un produit de consommation courante d’une côte à l’autre des États-Unis, et a ouvert des magasins de détail Orvis dans les plus grandes villes du pays, notamment à New York sur la fameuse cinquième avenue, l’équivalent de nos Champs-Elysées. L’idée de combiner le commerce et ses passions sportives est venue à Leigh lorsqu’il a commencé à chercher une entreprise à créer. Il était déjà pêcheur à la mouche et client de la société Orvis, basée dans le Vermont, depuis ses études dans l’ouest du Massachusetts. Après des discussions qui ont duré neuf mois avec le propriétaire de l’époque, Leigh a conclu l’affaire le premier jour de 1965. Il fut un propriétaire très impliqué, faisant office de président,  de directeur artistique, de développeur de produits et de tout ce qui devait être fait au sein de la société. Son souci du détail était légendaire et il approuvait personnellement chaque article du catalogue.

Quelque part au pied des montagnes Rocheuses, dans le Montana ou le Wyoming, il y a de fortes chances que ce pêcheur utilise du matériel Orvis.

Splendide et rare photo d’une truite gobant par aspiration un imago d’éphémère.

Leigh Perkins est décédé l’année dernière, mais a su transmettre à ses enfants et à ses employés, les valeurs de respect de la nature et de leurs habitants, qui ont en partie fait le succès de son entreprise. Comme il l’a dit un jour à son petit-fils, Simon : « On apprend toujours plus en écoutant qu’en parlant ». Leigh passait souvent du temps à prendre des appels téléphoniques et à lire les lettres des clients pour s’assurer que sa société répondait à leurs besoins, une pratique qui se poursuit aujourd’hui chez Orvis. Leader mondial en matière de matériel de pêche à la mouche, la société propose également un large assortiment de vêtements « outdoor » pour hommes et femmes, de cadeaux raffinés et d’articles d’ameublement, de bagages et d’accessoires de voyage. Orvis est leader de l’industrie des lits pour chiens et des produits innovants pour la gent canine.

Les États-Unis et le Canada offrent une variété de paysages où pratiquer la pêche à la mouche est de toute beauté. Et contrairement à ce que croient beaucoup de pêcheurs européens, presque partout dans ces deux pays la pêche est publique, ouverte à tous, américains ou touristes, mais toujours très règlementée.

Le respect du poisson indissociable du « catch and release » fut le leitmotiv d’Orvis.

Les services sportifs d’Orvis comprennent des écoles de pêche et de lancer de la mouche, une agence internationale de voyages de pêche et d’écologie, encadrée par les meilleurs  pourvoyeurs et guides de pêche du continent américain. En 1966, soit un an après son rachat par Leigh Perkins, Orvis a lancé la première véritable école de pêche à la mouche au monde, enseignant les bases du lancer de la mouche à 150 élèves, mais également l’éthique de la pêche à la mouche et le respect du poisson, ce qui était révolutionnaire à l’époque pour les adultes.

Une « réclame » Orvis, d’après une splendide aquarelle d’Ogden Pleissner , qui donne vraiment envie d’aller à la pêche.

Montées à l’ancienne et à l’identique, les modèles de mouches artificielles plus spécifiquement destinées à la pêche en lac, selon les indications datant de la fin du XIX ème siècle, de Mary Orvis Marbury, fille ainée de Charles F. Orvis.

Aujourd’hui, la société Orvis offre des cours gratuits de lancer de la mouche à plus de 15 000 pêcheurs débutants par an. Comme l’explique son petit-fils, Simon, aujourd’hui président d’Orvis : « la passion de mon grand-père pour l’éducation et le partage, s’est transformée au fil des ans en un héritage important d’Orvis, qui consiste à accroître l’accès et l’amour de la pêche à la mouche, pour tous. »

Dès 1975, Orvis a créé une école de pêche à la mouche gratuite qui en un demi-siècle a formé plus d'un million de moucheurs.

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