Il existe un monde mystérieux.

Un labyrinthe appelant à la flânerie onirique et au réveil de la nostalgie. Dans cet univers aux décors immersifs, l’imaginaire conduit à l’inspiration et à la rencontre de l’autre. De l’inconnu. Le temps s’y est arrêté entre passé et futur, à cet instant où l’impossible devient possible.

Une utopie merveilleuse.

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Les cannes à pêche de collection

La période qui nous intéresse ici (1920-1980) a connu dans la fabrication des cannes à pêche, que ce soit pour le coup, la mouche ou le lancer, trois véritables révolutions, passant du bambou, à la fibre de verre puis au carbone.

Dans l’immédiat après-guerre, les cannes pour pêcher au coup ou au bouchon continuaient d’être fabriquées en bambou ou roseau quelquefois appelé « riz japonais ». Cela faisait plus d’un siècle qu’on importait de Chine, d’Indochine ou du Japon ces matériaux qui étaient ensuite redressés, travaillés, assemblés, soit dans d’importantes usines comme celle de Pezon & Michel à Amboise, soit dans d’innombrables petits ateliers d’artisans, un peu partout dans nos provinces comme dans nos grandes villes. Certains fabricants étaient arrivés dans l’assemblage, le « tierçage », le virolage et l’emboîtement de ces cannes, à la perfection. Au début des années soixante, l’avènement de la fibre de verre creuse (une invention française) allait révolutionner la fabrication des cannes à pêche, en les rendant imputrescibles, plus légères, télescopiques et relativement bon marché. Ce matériau à l’origine destiné à la fabrication de gaines pour les fils électriques, permettait pour les cannes au coup, de passer au braquet supérieur avec des longueurs de 8 à 9 mètres, avantage décisif dans les canaux, les plans d’eau et les grandes rivières.

Les six brins de bambou refendu en « triangle » prêts à être assemblés.

Pour la fabrication des cannes à pêche, les meilleurs bambous viennent de Chine et tout particulièrement des monts Palakona, où en altitude la pousse est beaucoup plus lente qu’au niveau de la mer. Après l’arrivée de Mao Zedong au pouvoir en 1949 et les sanctions économiques contre la Chine communiste, le bambou ne parvint plus pendant un quart de siècle dans les pays occidentaux.

Pour les cannes à mouche ou les cannes à lancer, depuis le début des années trente, tous les bons modèles étaient construits, c’est ici le terme exact, en bambou refendu. La firme Pezon & Michel d’Amboise, fondée en 1860, est alors en pleine expansion et commence à concurrencer sérieusement la célèbre maison anglaise Hardy Brothers. Dès 1936, en s’adjoignant l’exclusivité de la collaboration de Charles Ritz, Pezon & Michel allait jusqu’au début des années soixante, réaliser les meilleures cannes à mouche (série des Parabolic) et à lancer (série des Télébolic), qui soit au monde. Le bambou refendu n’a alors pas d’égal pour la fabrication des cannes de pêches sportives. En collaboration étroite avec Pierre Creusevaut, champion du monde de lancer de l’époque, Charles Ritz a trouvé chez Pezon & Michel, une usine à la mesure de son imagination créatrice. Pendant près de quarante ans, sa collaboration avec Pezon & Michel fera de la firme d’Amboise, le premier exportateur de matériel de pêche. En 1960, plus de 50 % de la production de cannes à lancer Télébolic et de moulinets Luxor est achetée par le marché américain. 

Du bambou brut au scion ligaturé d’une canne à mouche, les différentes étapes de construction d’une canne en bambou refendu, sont très bien représentées sur ce panneau de démonstration de la maison Pezon & Michel.

Comme pour la fabrication des cannes au coup, l’apparition de la fibre de verre creuse, au début des années soixante, est dans la pêche au lancer et à la mouche une véritable révolution, qui va réellement démocratiser la pratique de ces pêches. Quand à l’époque, une canne à mouche en refendu coûtait deux fois le salaire mensuel moyen d’un ouvrier qualifié, la fibre de verre permet de diviser ce prix par dix. 

Et puis, quinze années plus tard, en 1976 pour être précis, apparut la fibre de carbone ou graphite, qui signa l’arrêt de mort de la fabrication industrielle des cannes en bambou refendu. Là où il fallait en France, en Angleterre ou aux États-Unis, plus d’une centaine d’heures de travail manuel de haute précision à un ouvrier ou artisan très qualifié pour fabriquer une canne à mouche ou à lancer, des bancs de fabrication industriels entièrement automatisés en Corée, en Chine ou à Singapour permettaient en moins de deux heures de sortir des modèles en série, aux qualités de lancer équivalentes et pour un prix de revient cent fois inférieur. La fibre de carbone pour les cannes à mouches, comme les fibres composites pour la fabrication des skis, permit à tout un chacun d’apprendre beaucoup plus facilement à lancer et à se faire plaisir, en quelques dizaines d’heures d’apprentissage là où il fallait auparavant, deux à trois années d’entraînement, pour maîtriser à la perfection le geste du lancer.

En ce début de XXIème siècle, le bambou refendu revient « à la mode ».

Garrison fut dans les années 50/60, l’un des meilleurs artisans facteurs de cannes à mouche en bambou refendu, aux Etats-Unis. Dans les ventes aux enchères, ses cannes atteignent couramment des prix records pouvant dépasser les 5 000 dollars.

Garrison examine soigneusement la finition de deux cannes à mouche, une à truite, une à saumon.

En ce début de XXIème siècle, comme pour les belles voitures anciennes, les violons de collection ou les beaux livres, le bambou refendu pour les puristes et les vrais connaisseurs de la pêche à la mouche, revient à la mode, surtout aux États-Unis, au Japon, mais également au Royaume-Uni et depuis peu en France. 

Quelques maisons américaines « haut-de-gamme » comme Winston, Thomas & Thomas, Orvis et surtout de très nombreux artisans ou facteurs de cannes, relancent une production très appréciée, dont il faut commander certains modèles plusieurs années à l’avance, de même que pour un fusil d’exception de chez Purdey, Boss & Co ou Holland & Holland. Les prix de ces cannes d’artisans ou de prestigieuses maisons comme Winston, s’en ressentent, mais le plaisir de pêcher avec de tels sublimes objets, qui ne sont pas plus fragiles qu’une canne en carbone, n’a pas de comparaison.

Aujourd’hui, de même que les meilleurs skieurs américains reviennent aux pantalons en fuseau et aux skis en bois des années trente (voir Hemingway en Autriche), les plus grands pêcheurs américains ne pêchent plus en eau douce, pour la truite ou le saumon, qu’avec du bambou refendu. Et, quand on voit en France, mais également au Royaume-Uni – un peu moins aux États-Unis –, le prix d’une canne en fibre de carbone de marques renommées comme Sage, Scott, Thomas & Thomas ou Winston qui avoisine les 800 voire les 1 000 euros, on peut se demander, quand on sait que fabriquées en très grande série à Singapour ou Séoul, leur prix de départ doit être le dixième voire le vingtième de leur prix de détail rendu en Europe, si les pêcheurs « up to date 2.0 » ne sont pas devenus fous…

Pour alléger le poids de ses cannes à mouche, la société Winston, eut l’idée d’alvéoler le bambou.

Quelques noms des plus grands artisans (artistes) de la canne à mouche dans le monde, tous américains… Contrairement à Garrison, Payne et Young qui ne fabriquaient que quelques dizaines de cannes par an, Orvis, Winston et Leonard fabriquaient en série.

De seconde main, et en parfait état, une canne en refendu de marque coûte moins cher qu’une canne en carbone.

La canne est presque terminée, il ne reste qu’à la vernir de plusieurs couches.

Et puis, si vous voulez essayer le refendu, mais sans devoir attendre plus d’un an de délai de livraison, ni sans avoir à payer un prix, pourtant ici raisonnable de 1 000 ou 1 500 euros, chez un artisan qualifié, sachez que l’on peut trouver en France ou Pezon & Michel a fabriqué entre 1935 et 1980 des milliers de cannes à mouche en refendu, considérées encore aujourd’hui notamment pour la série des Parabolic et des PPP, parmi les meilleures du monde, des modèles en très bon état, voire pratiquement neuve pour certaines cannes, pour quelques centaines d’euros, disons de 300 pour une Parabolic spéciale à 600/800 pour une PPP comme neuve et avec deux scions.

Cette page d’un catalogue Hardy montre la section des cannes, en simple ou double construction, avec centre acier ou octogonale.

Du côté anglais, il y a pléthore de cannes à truites et à saumons de marque Hardy, Farlow, Sharpe et autres bonnes marques, dites de seconde main, mais, qui là encore, sont en parfait état, voire ici encore comme neuves…Comme la livre sterling est bien plus abordable aujourd’hui qu’il y a trente ans, une C.C. de France (Casting Club de France), une Gold Medal ou une Hollolight de chez Hardy vous coûtera nettement moins cher que le modèle équivalent en carbone de chez Sage, Scott ou Winston. Bien équilibrée avec une soie en plastique ou en soie naturelle, vous lancerez pratiquement aussi loin, mais surtout vous décrocherez beaucoup moins de truites, d’ombres ou de saumons qu’avec le carbone qui « électrise » la gueule des poissons. Enfin, et dernier argument, vous n’aurez plus peur de pêcher quand approche l’orage et que les truites gobent sous les éclairs.

Avec les cannes Parabolic, Charles Ritz fut un inventeur de génie.

Les cannes Ritz-Super-Parabolic P.P.P. (une trentaine de modèles) restent inégalées, encore aujourd’hui, dans le domaine des cannes fabriquées en série. D’une action et d’une finition irréprochables, elles sont très recherchées des pêcheurs comme des collectionneurs.

Ernest Hemingway, qui en août 1944 se vantait d’avoir libéré le bar du Ritz, rédigea la préface pour l’édition américaine du livre de son ami Charles A fly fisher’s life : « Dans le monde d’aujourd’hui très peu de gens auront la possibilité de pêcher autant que monsieur Charles. Quand bien même il y en aurait, aucun ne pêchera jamais aussi bien ».

Charles Ritz découvrit la pêche à la mouche quand son père César Ritz, qui avait ouvert l’Hôtel de la Place Vendôme en 1898, l’envoya en 1916, faire ses classes au Ritz Carlton de New York. Dans les sous-sols de l’hôtel, le jeune Charles s’était aménagé une pièce où il bricolait les cannes à mouches qu’il achetait chez des brocanteurs new-yorkais « au grand désespoir du directeur de l’hôtel qui supportait [mon] audace parce que [j’étais le fils de papa] ». Excellent lanceur, il accompagnait les clients pêcheurs du Ritz Carlton sur les meilleures rivières des Catskills, à une heure de voiture de Manhattan. C’est là, qu’il fit la connaissance de Fred Payne, qui est à la canne à mouche en bambou refendu ce que Stradivarius est au violon. « Si seulement, lui dis-je, je pouvais visiter votre atelier de Highland Mills, quelle joie pour ma passion de bricoleur. Il m’y autorisa, et à partir de là, je passais avec lui la plupart de mes week end, les samedis dans l’atelier, apprenant la fabrication, et les dimanches sur la rivière, les oreilles grandes ouvertes à ses précieux conseils.»

De retour en France au début des années trente, il s’inscrit dans les épreuves de lancer mouche du fameux Casting Club de France. En 1931, 1932 et 1933, il est champion de France, amateur des épreuves de précision et en distance, prouve qu’avec une canne pesant moins de 130 grammes, il est possible de lancer à plus de trente mètres. C’est lors de ces concours de « fly casting » qu’il fait la connaissance de Pierre Pezon, qui lui demande de devenir le conseiller technique de Pezon & Michel, la déjà célèbre firme d’Amboise. Les premières cannes à mouche « Parabolic » sortiront des ateliers en 1937.
Touche à tout de génie, Charles Ritz est aussi le père des fantastiques cannes à lancer « Télébolic »,  et bien sûr, après guerre, de la fantastique série des « P.P.P. » (Puissance Progressive Parfaite). À l’exception des cannes signées des grands artisans américains, Payne, Garrison ou Gillum, qui fabriquaient moins de cent cannes par an, quand Pezon en sortait plus de cent par jour, aucune canne en refendu fabriquée en série, que ce soit par Hardy, Farlow, Sharpe ou même Orvis, n’arrive à la virole d’une P.P.P des millésimes 1955 à 1965.

La troisième édition américaine de « A Fly Fisher’s Life » (« Une vie de pêcheur à la mouche »), de Charles Ritz, est largement augmentée et révisée, par rapport à la première traduction de « Pris sur le vif ».

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