Il existe un monde mystérieux.

Un labyrinthe appelant à la flânerie onirique et au réveil de la nostalgie. Dans cet univers aux décors immersifs, l’imaginaire conduit à l’inspiration et à la rencontre de l’autre. De l’inconnu. Le temps s’y est arrêté entre passé et futur, à cet instant où l’impossible devient possible.

Une utopie merveilleuse.

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Dame Julyana Berners et le traité de pêche à la ligne

Les historiens médiévaux se disputent à son sujet. Ils ne sont pas sûr que cette dame ait existé, ni surtout, comme on le verra plus loin, qu’elle ait écrit le fameux « traité ».

Le Traité de pêche à la ligne (Treatyse of Fysshynge wyth an Angle) fut imprimé pour la première fois en 1496 à Westminster, par Wynkyn de Worde, avec la seconde édition du Livre de Saint Albans (Book of Saint Albans) qui comportait trois parties, traitant de la chasse à courre (vénerie), de la fauconnerie et de l’héraldique, toutes connaissances qui étaient nécessaires à l’éducation d’un gentilhomme de l’époque. Il y fut donc inclus le Traité de pêche à la ligne et l’ouvrage apparut cette fois comme complet, traitant de l’ensemble des sports de la campagne.

Wynkyn de Worde, l’éditeur et imprimeur, attribue la paternité de l’ensemble des parties (vénerie, fauconnerie, héraldique et pêche donc) à une certaine Dame Julyans Barnes ou Bernes, plus connue, les hasards de la typographie balbutiante des débuts de l’imprimerie aidant, sous le joli nom poétique de Dame Juliana Berners. Quant au fameux Treatyse of Fisshynge , qui lui existe bel et bien,  il aurait été  traduit à partir d’un manuscrit français aujourd’hui perdu ou  « oublié » dans les archives de quelque monastère.

Pour revenir à Dame Juliana Berners, on ne trouve aucune trace de sa naissance. Elle aurait été la fille de Sir James Berners, conseiller du roi Richard II. Un chagrin d’amour l’aurait entrainé à se retirer dans le Prieuré du Couvent des Bénédictines de Sopwell. Wynkin de Worde nous la présente comme la mère-supérieure du couvent. Pourtant les registres conservés du prieuré de Sopwell, ne mentionnent nullement son existence. Il est tout de même étonnant que celle qui en aurait été la mère supérieure ne soit pas mentionnée dans les archives du prieuré, alors que de 1310 à sa dissolution en 1537, huit mères supérieures y sont nommément inscrites.

À l’époque les droits d’auteurs n’étaient pas protégés et la compilation ou la traduction des manuscrits était la spécialité de nombreux monastères.

À côté du texte imprimé par Wynkyn de Worde, il existe un texte manuscrit plus ancien mais malheureusement incomplet traitant de la pêche à la ligne. Ce manuscrit daté de 1450 environ, diffère par certains points de la version imprimée de 1496 et par d’autres ne peut que lui avoir servi de référence. De toutes façons quel qu’ait été l’auteur du Treatyse of Fyshynge, il ou elle reconnait des emprunts à des textes antérieurs. À propos de la carpe, poisson nouvellement introduit dans les îles britanniques, l’auteur nous prévient que certains appâts sont meilleurs que d’autres, comme je l’ai entendu dire de personnes crédibles mais aussi comme je l’ai trouvé écrit dans des livres sérieux (bokes of credence).

Que la Dame Juliana ait ou non existé, n’est finalement pas si important que celà. Ce qui nous importe est que le Treatyse of Fyshynge soit lui parvenu jusqu’à nous, car il nous renseigne de façon très détaillée sur les engins et les techniques de pêche à la ligne employées à l’époque médiévale, en Angleterre mais également en France dans les rivières et étangs. Beaucoup plus étonnant, le Treatyse nous apprend que la pêche à la ligne apparemment réservée aux personnes bien nées, était déjà à l’époque une distraction ou un sport, et non un moyen bassement utilitaire de capturer des poissons.

Le Treatyse connut un énorme succès de librairie, peut-être le premier succès de l’édition, puisqu’il connut au moins seize éditions avant 1600. Nous voyons à ce succès au moins deux bonnes raisons. Tout d’abord il est fort agréablement écrit, vivant et plaisant à lire, mais surtout il est très complet et didactique comme nous dirions aujourd’hui. En effet la partie la plus importante y donne pour chaque espèce de poissons, les indications sur le matériel, les appâts, les endroits, les saisons, les particularités et les meilleures techniques à mettre en œuvre, pour ne pas rentrer bredouille. Les innombrables traités de pêche qui suivirent celui de Dame Juliana Berners, ont pour l’essentiel repris ce plan et ses développements.

Le plus célèbre d’entre eux, le fameux « Compleat Angler » d’Isaac Walton, publié pour la première fois en 1653 et qui reste aujourd’hui avec plus de quatre cent rééditions, le livre le plus grand nombre de fois publié après la Sainte Bible, doit énormément au Treatyse. Walton a brodé, tout en ajoutant sa propre expérience, sur la trame que ce dernier lui offrait.  Sa sélection de mouches artificielles copie mot à mot la liste de 1496, il en est de même pour les appâts, pâtes et amorces.