Il existe un monde mystérieux.

Un labyrinthe appelant à la flânerie onirique et au réveil de la nostalgie. Dans cet univers aux décors immersifs, l’imaginaire conduit à l’inspiration et à la rencontre de l’autre. De l’inconnu. Le temps s’y est arrêté entre passé et futur, à cet instant où l’impossible devient possible.

Une utopie merveilleuse.

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La pêche dans les livres

Moins que la chasse, certes, la pêche est cependant un thème qui, depuis plusieurs siècles, a rempli et continue de remplir des pages et des pages de traités pratiques, recueils, dictionnaires, encyclopédies et même quelquefois, récits, nouvelles, romans, et hélas trop rarement chefs-d’œuvre.

Ici, encore, contrairement à ce que l’on connaît outre-Manche ou outre-Atlantique, la littérature halieutique française est bien pauvre. Tout au plus pourrait-on citer quatre ou cinq livres dignes d’intérêt, publiés entre la fin du XVIIIème et le début du XXème siècle. En ce qui concerne la pêche à la mouche, remarquons, néanmoins, que la période qui va de 1930 à 2000 est une des plus fécondes et enrichissantes en matière de bons ouvrages en langue française. On peut grossièrement classer les livres de pêche en deux catégories, qui représentent d’ailleurs assez exactement ce que le lecteur y recherche. Des livres pratiques, techniques, d’apprentissage ou de perfectionnement, dans lesquels il trouvera des conseils, astuces, tours de main, qui, espère-t-il, feront de lui un meilleur pratiquant et des ouvrages littéraires pourrait-on dire, dans lesquels il recherchera avant tout des sensations, le plaisir ou l’émotion de lire un beau texte se rapportant à sa passion.

En langue française, seul « La boîte à pêche » mérite le titre de chef-œuvre.

Rares, très rares même, sont les livres où l’on trouve les deux à la fois. Dans le domaine de la pêche et de l’écriture, on trouve soit de bons écrivains, qui malheureusement sont de piètres pêcheurs, soit d’excellents pêcheurs, qui la plupart du temps ne savent pas écrire. Si ce raccourci est un peu abrupt, reconnaissons néanmoins qu’exceptionnellement, en effet, les deux talents sont réunis sous une même casquette. Dans la langue française, il y a eu Maurice Genevoix, qui si l’on s’en réfère à ce chef-d’œuvre de l’écriture qu’est La boîte à pêche, ne pouvait être également qu’un excellent praticien en eau douce.

Dans l'édition de luxe de « La boîte à pêche », de splendides aquarelles des bords de Loire par Gaston Barret illustrent magnifiquement l'ouvrage.

En mer, je ne vois guère que Pierre Clostermann, dont plusieurs records du monde de tarpons, marlins et autres espadons sont là pour prouver qu’il n’a pas su seulement imaginer ou écrire avec brio la capture de « poissons si grands ». Certainement, tenant au fait, que la pêche à la ligne est un sport beaucoup plus pratiqué dans les pays anglo-saxons, que dans les pays latins, les bons « écrivains-pêcheurs » anglais ou américains sont beaucoup plus nombreux. Nous ne citerons ici qu’Ernest Hemingway, qui obtint ne l’oublions pas le Nobel de littérature avec un livre de pêche : Le vieil homme et la mer, et dont l’apport technique à la grande pêche sportive, ainsi qu’à la connaissance des grands poissons marins fut indéniable.

« Le Vieil homme et la mer », dans l'édition originale américaine, valut à son auteur le prix Nobel de littérature.

Certains ouvrages halieutiques, même très anciens, peuvent se révéler instructifs.

Si les ouvrages halieutiques entrant dans la première catégorie, que nous avons qualifiée de pratique, technique ou d’apprentissage sont infiniment plus nombreux surtout depuis le début de ce siècle que les ouvrages à proprement parler littéraires, il n’en est cependant que fort peu qui méritent une place, sinon sur les rayons d’une bibliothèque, du moins dans la musette d’un pêcheur. Certes direz-vous, les livres techniques vieillissent mal et pratiquement tous ceux publiés il y a plus de vingt ans risquent de n’être plus d’actualité aujourd’hui ou en phase avec l’évolution du matériel et la connaissance du monde des eaux. Détrompons-nous, car en matière de chasse et de pêche, des conseils prodigués au cours des siècles précédents, voire au Moyen-Âge, par quelques bons auteurs, sont toujours valables aujourd’hui, et je dirais même qu’il serait bon de s’en réimprégner.

Dans la 2ème édition du « Pêcheur français » en 1830, Kresz traite de la pêche à la mouche de la truite, du saumon et de l'ombre.

Planche du « Pêcheur Français » de Kresz, « fabricant d'ustensiles de pêche et de chasse », qui de la Mégisserie, vers 1830.

Les anciens savaient observer la nature, le gibier et le poisson. Et, le matériel rudimentaire dont ils disposaient à l’époque pour essayer de les capturer, devait être en permanence suppléé, par une connaissance sans faille de leurs mœurs et une approche parfaite. Dans Le pêcheur français datant de 1818, Kresz explique, au chapitre du brochet, la technique du mort-manié telle qu’elle fut redécouverte par Albert Drachkovitch, un siècle et demi plus tard. De nombreux conseils d’Albert Petit, datant du début du siècle sont toujours très valables pour la pêche en mouche sèche, même si la fibre de carbone a remplacé le bambou refendu et le nylon la racine anglaise. Ces deux ouvrages « pratiques » parmi beaucoup d’autres datant du siècle dernier, sont en outre écrits dans une langue admirable. Convenons cependant, en ce qui concerne la pêche au coup, au lancer ou à la mouche, qu’il existe des traités plus récents et néanmoins correctement écrits. Mais il y en a peu.

Trois-quarts de siècle après leur parution, les livres de Barbellion restent actuels.

Le « pavé » de 1 181 pages du Dr Barbellion reste, près de trois-quart de siècle après sa parution, incontournable pour tout pêcheur de salmonidés à la mouche ou au lancer.

Parmi le foisonnement de ce type d’ouvrages au XXème siècle, et plus particulièrement depuis 1950, seuls une vingtaine à notre avis méritent qu’on s’y attarde. En fait, si l’on s’en tient aux auteurs, ils ne sont guère qu’une douzaine. Citons par ordre alphabétique Barbellion, de Boisset, Burnand qui savait qu’il était un mauvais praticien, mais expliquait les techniques des autres, Decantelle, Duborgel, Limouzin, Matout, Pequegnot, Phelipot, Ritz, Vavon et Venesmes. Voici les bons du XXème siècle et remarquons que depuis la fin des années soixante (années charnières de la modernisation des techniques de pêche à la ligne avec l’apparition de la fibre de verre puis de carbone, des nylons, puis du fluorocarbone et des déplacements automobiles facilités pour tous les pêcheurs…), il ne sont que trois dans la liste ci-dessus à avoir, à notre avis, apporté une petite pierre à l’édifice halieutique.

L'ouvrage toujours indispensable du pêcheur à la mouche sèche.

Dès 1939, Tony Burnand et Charles Ritz avaient édité les bases de la pêche à la mouche.

Mais alors, les dizaines et les dizaines de livres, traités, encyclopédies pratiques qui paraissent tous les ans depuis une vingtaine d’années et que chaque grand éditeur propose à grand renfort de quadrichromie à l’étal des libraires et des supermarchés. Eh bien, pour l’essentiel, ils ne font que ressasser en y ajoutant (et encore pas toujours) des photos plus modernes, ce qui avait été bien mieux dit et expliqué par Barbellion, Ritz ou Duborgel. Pour le lancer léger, ultra-léger ou mi-lourd, Barbellion est incontournable. Si cet auteur n’a pas connu la fibre de carbone, ses livres restent d’un modernisme surprenant. Il est vrai que dans plus d’un domaine halieutique, il fut un précurseur extraordinaire. À lire ou relire : Lancer léger et poissons de sport, publié la première fois en 1941 et Truites, mouches, devons datant de 1948. Après Barbellion, il nous faut encore citer Duborgel, qui avant de vivre de sa plume, vendait c’était autorisé à l’époque– les poissons qu’il capturait à la ligne. Voilà un auteur qui sait de quoi il parle, pour avoir pratiqué la pêche sur toutes les eaux et par tous les temps à la recherche de toutes les espèces. S’il ne fallait avoir lu qu’un seul livre pratique, ce serait à mon avis La pêche et les poissons de rivière, publié en livre de poche dès 1955. Réédité encore l’année dernière, ce livre n’a pas pris une ride en soixante-dix ans.

Publié en livre de poche dès 1955, ce livre est encore aujourd'hui édité.

Tiré à 650 exemplaires numérotés en 1927, le « Vavon » est surtout connu pour ses inestimables planches d'insectes lithographiées.

Pour la mouche, le domaine est un peu plus riche. Citons les monographies sur la truite et l’ombre de Léonce de Boisset, À la mouche, de Burnand et Ritz, Truites, mouches, devons, de Barbellion (encore lui), L’art de la pêche à la mouche sèche, de Jean-Paul Pequegnot, Pris sur le vif, de Charles Ritz, et enfin le célèbre Vavon dont tout le monde a admiré les splendides planches lithographiées, mais que bien peu ont lu… Bien sûr j’en passe, et quelques bons, mais avec ces sept livres, vous aurez fait le tour sinon de l’entomologie aquatique, du moins de la technique et de la pratique de la pêche au fouet.

Une des lithographies du Vavon conscrée aux diptères, trichoptères et perlidés, insectes terrestres ou aquatiques appréciés des truites.

Pour ce qui est, maintenant, des beaux textes parlant de pêche à la ligne, le tour d’horizon en langue française est encore plus vite fait. La boîte à pêche de Maurice Genevoix, publié chez Grasset en 1926, dédicacé “à l’Internationale des pêcheurs à la ligne”, et réédité des dizaines de fois depuis, nous l’avons dit, est le chef-d’œuvre halieutique incontournable. Plus près de nous et dans un autre registre, Les pieds dans l’eau de René Fallet, mérite le détour. Enfin, je n’hésite pas à vous conseiller quelques « de Boisset » comme Écrit le soir, L’ombre, La truite, poisson de grand sport et le remarquable Poissons des rivières de France. À côté de ces ouvrages intégralement consacrés à la pêche, il faudra se contenter de quelques nouvelles de Maupassant ou d’un chapitre glané de-ci de-là, comme celui consacré à la pêche à la truite dans Si le grain ne meurt de Gide.

Maurice Genevoix, héros de la grande guerre, pêcheur passionné, fut pendant 30 ans secrétaire perpétuel de l'Académie française.

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