Il existe un monde mystérieux.

Un labyrinthe appelant à la flânerie onirique et au réveil de la nostalgie. Dans cet univers aux décors immersifs, l’imaginaire conduit à l’inspiration et à la rencontre de l’autre. De l’inconnu. Le temps s’y est arrêté entre passé et futur, à cet instant où l’impossible devient possible.

Une utopie merveilleuse.

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Les moulinets à tambour-fixe de collection

Avant 1930 n’existaient sur le marché français que de petits moulinets en cuivre ou en laiton, que l’on retrouve aujourd’hui dans les brocantes ou les vide-greniers, et à l’époque dans des pages entières des catalogues de Manufrance. 

Depuis le milieu du XIXe siècle, les progrès de la petite métallurgie, surtout en Angleterre, avaient permis la fabrication de moulinets tout en cuivre de taille réduite. Importés d’outre-Manche, ces modèles, restaient  très primitifs dans leur conception, ne présentaient aucun système de freinage, un simple cliquet grossier assurant le dévidement de la bobine. Ils n’avaient pas non plus de guide ligne et leurs flasques mal ajustées coinçaient fréquemment la soie entre la bobine et la cage. Pour pêcher la carpe en étang ou le brochet au vif, ces engins ne servaient que de réserve de ligne et en aucun cas à lancer. Il y avait bien, pour les messieurs de la ville qui pêchaient la truite ou le saumon au devon, les moulinets à quadruple récupération importés d’Amérique, dits justement « pour la pêche au lancer à l’américaine ». Mais ces engins coûtaient chers et quand, lors du lancer,  leur déroulement ne se faisait pas sous le contrôle de mains expertes, c’était la perruque assurée et la fin de la partie de pêche.

Les « tambours-fixes »

Et puis, vers la fin des années trente, arrivèrent en masse sur le marché, les premiers modèles de moulinets dits à « tambour-fixe ». En fait ces moulinets dont le principe reposait sur le fait que le fil ne se déroulait pas lors des lancers, depuis une bobine tournant sur son axe, mais « en bout » depuis une bobine (tambour) fixe, a révolutionné toutes les pêches au lancer et surtout celles nécessitant l’emploi de leurres légers. Le principe en fut inventé en 1905 par le vicomte Henri de France, habitué des concours de lancer qui réunissaient des deux côtés de la Manche les « sportsmen » français et britanniques qui s’adonnaient à ce sport très chic, sur les pelouses du Bois de Boulogne. L’histoire a retenu qu’avec une boite de conserve vide ayant contenu des petits pois, autour de laquelle, il enroulait avec un petit crochet à bottines, le fil de gut ou de soie tressée et qu’il avait fixé sur la poignée de sa canne par un pied coudé métallique fixé sur le fond non ouvert de la boîte de conserve, le vicomte gagna cette année-là toutes les épreuves de lancer en distance comme en précision. Il fallut néanmoins attendre encore une trentaine d’années, pour que des modèles de moulinets à tambour fixe plus sophistiqués, à peu près tels que nous les connaissons encore aujourd’hui, apparaissent sur le marché. 

Et là, pour une fois, il ne s’agissait pas de modèles importés d’Angleterre ou des Etats-Unis, mais de fabrication bien française. Dans le sillage du vicomte Henri de France, de nombreux ingénieurs et artisans de notre pays, développèrent ce type de moulinet. Ici encore, nous retrouvons Pezon et Michel qui a, pendant trois décennies, commercialisé la production d’un ingénieur de génie, Mr Mauborgne, sous le nom de « Luxor ». En tout quatre modèles, avec des variantes de vitesse de récupération, pour lancer de l’ultra-léger au presque tout-gros. Le plus fantastique : le Luxor Suprème, qui déjà à l’époque (1955), coûtait trop cher à produire et fut très vite arrêté.  D’autres marques et surtout des petits artisans, (mécaniciens, ajusteurs, garagistes) créèrent et commercialisèrent des petites séries, très recherchées aujourd’hui : Vamp, Capta, Croizix, Huillet, Centaure, Punch, Fraser, Aiglon…. pratiquement toutes ces marques brevetées avant-guerre, trouvèrent leur plein développement et leur public immédiatement après la fin des hostilités en 1945 et dans les années 50-60. Et comment, ici, ne pas citer la maison Mitchell, qui comme son nom ne l’indique pas, est bien française et non pas américaine. C’est tout de suite après la guerre, que le célèbre modèle 300, le moulinet le plus vendu dans le monde, sort des ateliers savoyards de Cluses.  En 1961 le 5 000 000 ème moulinet est fêté, en 1966 le 10 000 000 ème et en 1971 le 20 000 000 ème. Outre-Atlantique le succès du Mitchell 300 est tel, que le distributeur américain rachète la société française, dont la production continuera de se faire en Savoie jusqu’au début des années 80. Ensuite la concurrence sud-asiatique deviendra féroce et les merveilles de précision et d’engrenages assemblés dans les vallées savoyardes, ne pourront plus lutter contre le déferlement à vil prix des marques japonaises, coréennes et maintenant chinoises.

Les premiers moulinets

Comme pour beaucoup d’objets, il semblerait que les Chinois aient les premiers inventé les moulinets pour la pêche. Une gravure du Xe siècle montre même un de ces engins avec manivelle directement monté sur une canne à pêche. En Europe ce n’est que sept ou huit siècles plus tard, qu’apparaîtront en Angleterre des sortes de treuils en bois assujettis, non pas sur la canne mais sur une plaque de bois, portée par un domestique ou un jeune garçon (l’école n’était pas obligatoire et il valait mieux être sur les bords d’une rivière écossaise que dans un boyau de mine du Pays de Galles), qui avaient pour charge de donner ou de reprendre de la ligne selon les instructions du pêcheur. Ces gros “moulinets” servaient en fait de réserve de ligne pour pêcher les saumons, les carpes ou les gros brochets, passe-temps déjà fort apprécié des nobles dans les îles britanniques vers la fin du XVIIe siècle.

En France,  la première représentation d’un moulinet apparaît dans le « Pêcheur français » de Kresz Ainé, publié à Paris en 1818.